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Lillian Farrar

Née à Iberville, vers 1911 - Décédée à Montréal, après 1971

Créateur

1940 - 1971

Née en 1911 ou 1912 à Iberville, au Québec, Lillian Farrar était l’un des six enfants de Georges et Blanche Farrar. Son père travaillait comme dessinateur de patrons d’ouvrages à l’aiguille vendus par l’entremise de journaux. À l’âge de 15 ans, Lillian achète sa première machine à coudre par paiements échelonnés et commence à confectionner des vêtements pour des voisines. À 18 ans, elle s’installe à Montréal et décroche un emploi dans une manufacture de vêtements du boulevard Saint-Laurent. Après avoir économisé 300 $, Farrar quitte cet emploi et commence à dessiner et à vendre des robes depuis la chambre qu’elle loue sur le boulevard Saint-Joseph, embauchant un patroniste pour qu’il lui enseigne les techniques de base qu’elle applique ensuite dans son travail. Après avoir confectionné des robes pendant deux ans, elle est en mesure de vivre à l’hôtel Ritz-Carlton comme résidente permanente. C’est d’abord comme couturière qu’elle figure dans l’annuaire téléphonique de la ville en 1940, à une adresse de la rue Sherbrooke Ouest. En 1946, elle s’installe dans son salon de quatre étages situé au 2021, rue Peel, qu’elle achètera cinq ans plus tard.

En 1951, les citoyens de Campbellford, en Ontario, demandent à Farrar de créer pour la princesse Elizabeth un manteau qu’elle pourra porter durant ses vacances dans les Laurentides.

La cape est en voile de laine anglais jaune canari et noir à armure diagonale. Bien qu’elle préfère les laines et les soies aux tissus synthétiques, Farrar accepte en 1954 une invitation à devenir la première Canadienne à associer son nom au Térylène et à créer des vêtements dans ce tissu. Sa robe du soir sans manches à rayures horizontales figure dans une publicité pour le Térylène dans le magazine Chatelaine.

Robe (détail), Lillian Farrar, 1956. Don de Marie-Anne Brossard, M2010.110.2 © Musée McCord

En 1957, le magazine Maclean’s consacre un long article à Farrar, la décrivant comme une « énergique rouquine en fin de quarantaine dont la combinaison unique de talent et d’indépendance a fait d’elle l’un des couturières les plus riches de Montréal ». Farrar est reconnue pour son talent de designer et ses créations originales, qui reproduisent les modèles à la mode sans suivre de tendances spécifiques. Elle se décrit elle-même comme « un mélange d’ingénieur et de psychologue » à cause de la façon dont elle s’inspire du tissu et de la personnalité et de la silhouette de chaque cliente pour créer un vêtement. On la connaît également pour son caractère fougueux. Selon le Maclean’s, elle peut « insulter ses clientes les plus aisées, lever le nez sur Paris, affirmer que les hommes ont plus de goût que les femmes, et dire à ses clientes qu’elles ont tort. Mais celles-ci lui demeurent fidèles malgré tout ». « Lorsque vous vous souciez de l’apparence de vos clientes, vous vous devez d’être franche », déclare Farrar sans chercher d’excuse.

Dans les années 1950, sa clientèle se compose d’environ 400 femmes de différents horizons, toutes prêtes à payer entre 135 $ et 400 $ pour une robe qui, la plupart du temps, ne correspond pas à celle qu’elles avaient demandée, mais que Farrar juge la plus appropriée pour elles.

Si sa clientèle regroupe effectivement de riches femmes du monde, des personnalités de la télévision et de la radio et les épouses d’avocats ou de médecins prospères, les expériences de jeunesse de Farrar l’ont rendue sympathique à la situation des travailleuses à qui elle permet de payer leurs vêtements par versements hebdomadaires.

Accueillies par Eugénie Dubé, l’assistante et amie d’enfance de Farrar, les clientes sont servies dans la salle d’exposition du premier étage au tapis vert forêt, aux murs gris pâle, aux miroirs ovales et aux tables foncées en bois poli éclairées par des lampes à abat-jour blancs. C’est également Dubé qui « tient les livres, prend les rendez-vous, sert le café, écoute le bavardage des clientes et réconforte celles qui se sentent froissées ». Il arrive parfois que Farrar doive quitter son minuscule bureau d’un demi-mètre carré situé à l’arrière afin de rencontrer une cliente, bien qu’elle soit constamment en déplacement pour superviser tous les aspects de son entreprise. Situés aux étages supérieurs de l’édifice, les ateliers comprennent des postes de travail pour 25 couturières et le coupeur Norman Watanabe, de même que le studio de design de Farrar, qu’elle appelle la « fosse aux serpents ».

C’est là qu’elle apporte des rouleaux de tissu et qu’elle conçoit des vêtements autour de ce qu’elle désigne comme l’« histoire » qu’ils lui racontent.

Elle affirme que cela peut lui prendre tout au plus deux minutes, bien qu’elle participe à toutes les étapes du processus de fabrication, apportant des modifications à mesure que les vêtements prennent forme et que les clientes les essaient.

En 1967, Farrar ouvre une boutique au rez-de-chaussée de son salon où les clientes peuvent acheter des vêtements sans avoir à prendre rendez-vous au préalable. La boutique, appelée « Lillian Farrar Haute Couture », fermera ses portes vers 1971.

Sources

« Canada Designed Cape Coat for Princess Elizabeth. » Women’s Wear Daily, November 6, 1951.

« Farrar, Miss Lillian « . In Annuaires Lovell, edited by Annuaires Lovell. Montreal, QC: Lovell Publishing, 1970-1971.

« Farrar, Miss Lillian Prop Haute Couture. » In Annuaires Lovell, edited by Annuaires Lovell, 27. Montreal, QC: Lovell Publishing, 1969-1970.

Gougeon, Helen. « She Tells Them What They Want. » The Ottawa Citizen, Weekend Picture Magazine, April 3, 1954, 14-17, 28.

Laurier, Marie. « Collections Défilent… » La Presse, October 13, 1961, 10.

« Pour Vous Mesdames. » La Presse, July 8, 1925, 4.

Robert, Marie. « Entre Nous. » La Presse, April 27, 1967, 32.

Sangster, Dorothy. « She Sells Glamour with a Growl. » MacLean’s, March 30, 1957, 5.

« Sixth Census of Canada, 1921. » edited by Dominion of Bureau of Statistics. Ottawa, Ontario: Library and Archives Canada, 1921.

« Terylene. » Chatelaine, June 1954.

Date de publication

01/02/2019

Auteur

Cynthia Cooper, Musée McCord

© Musée McCord 2019