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Dominion Corset

Fabricant

1886 - 1988

Corset (détail), Dominion Corset Co. Ltd., vers 1910-1920. Don du Centre national de recherche et de diffusion du costume, M2009.41.12.1-2 © Musée McCord

Partout au Canada, aux États-Unis et en Europe, mais aussi en Australie et en Nouvelle-Zélande, la compagnie Dominion Corset de Québec s’est imposée dans la création et la fabrication de sous-vêtements féminins, qu’il s’agisse de corsets, de gaines, de soutiens-gorge, de culottes, de bas-culottes, de vêtements de nuit ou de lingerie féminine en général. Elle a été une des premières industries manufacturières de ce genre en Amérique du Nord.

Pendant près d’un siècle, Dominion Corset est présentée comme l’œuvre d’un homme : Georges-Élie Amyot.

Le fondateur et ses descendants, son fils Louis-Joseph-Adjutor et son petit-fils Pierre, qui lui ont succédé à la présidence de la compagnie, ont donné l’image de la réussite d’un Canadien français qui, par son sens des affaires et du travail, a fini par se tailler une place solide et enviable sur la scène économique, nationale et internationale.

La croissance rapide de la petite entreprise de Québec lui valut le premier rang des établissements industriels de l’Empire britannique!

C’est le 13 octobre 1886 que Léon Dyonnet, manufacturier de corsets, s’associe à Georges-Élie Amyot, marchand, tous deux de Québec, pour «faire commerce ensemble comme fabricants de corsets» sous les nom et raison sociale de Dyonnet & Amyot. Deux ans plus tard, Amyot entreprend de faire fonctionner seul l’entreprise sous le nouveau nom de Dominion Corset Manufacturing Company. La suite de l’histoire de la compagnie est faite de réussites. En 1889, une succursale est créée à Montréal, rue Notre-Dame, et une autre à Toronto, en 1892, sur Bay Street. La compagnie déménage à quelques reprises avant de s’établir pour de bon en Basse-Ville. En octobre 1897, Georges-Élie Amyot fait l’acquisition de l’ancienne manufacture de chaussures Guillaume Bresse et Cie, rue Dorchester Sud, qu’il restaure et aménage à grands frais afin de s’adapter aux exigences du marché : son usine sera la plus grande manufacture du genre au Canada. Dominion Corset s’implante définitivement à l’angle du boulevard Charest et de la rue Dorchester. Amyot fait appel à l’architecte Georges-Émile Tanguay en 1909 : le bâtiment est agrandi et se présente désormais sous la forme d’un édifice à trois étages jugé d’une imposante beauté. Mais, le 27 mai 1911, un incendie majeur endommage sérieusement l’édifice. Immédiatement reconstruit selon des plans plus modernes tout en préservant le style victorien, cet édifice remarquable est encore de nos jours un fleuron architectural de la Basse-Ville de Québec.

En 1911, la compagnie produit «450 douzaines de corsets par jour, soit neuf corsets à la minute», comparativement à deux douzaines par jour au tout début.

Le chiffre d’affaires de la compagnie atteint un million de dollars en 1914. Louis-Joseph-Adjutor Amyot, fils du fondateur, devient directeur général de la compagnie en 1920. Le chiffre d’affaires monte alors à 2,5 millions de dollars. La compagnie compte 1 000 employés en 1947 et au début des années 1950, cotée en bourse, elle émet des actions. Dans les années 1955-1965, la production augmente à plusieurs reprises : de 600 à 1 800 douzaines de brassières et de corsets sortent quotidiennement des ateliers de la compagnie. Par la suite, progressivement, la production baisse. En 1973, pour la première fois depuis la création de l’entreprise, la famille Amyot laisse la direction de la compagnie. Rachetée en 1977 par deux hommes d’affaires montréalais, Dominion Corset devient Créations Daisyfresh Inc. et une nouvelle stratégie de mise en marché, orientée par les nouvelles tendances de la mode, est mise en place. En 1988, l’entreprise est finalement vendue à Canadelle WonderBra et s’établit dans le parc industriel de Vanier.

Les premiers corsets fabriqués par la compagnie s’adaptent aux robes victoriennes de la fin du 19e siècle au moyen de «tournures», ce qui donne une taille de guêpe à celles qui les portent. Les tournures disparaissent au début des années 1900 et l’apparition des modèles de corsets «D & A», initiales des noms des fondateurs, et «La Diva» à baleines antirouille marque le début d’un long succès. À la fin de la Première Guerre mondiale, même les fillettes trouvent chez Dominion Corset leur taille et leur modèle de corset.

Durant les années 1920, les femme se débarrassent de leurs corsets et d’autres accessoires étouffants : cheveux courts, poitrine plate, elles adoptent la forme tubulaire et dévoilent leurs jambes. Dominion Corset met alors en marché de nouveaux corsets et produit des bustiers qui réduisent les rondeurs indésirables.

Grâce à une vedette du cinéma muet, Anita Stewart, qui figure dans les dessins publicitaires, le corset «Goddess» connaît une grande vogue.

Adaptés à la mode nouvelle, les corsets «D & A» et «La Diva» permettent à la compagnie, à l’affût de la moindre tendance dans le domaine de la couture, de conserver sa suprématie.

Au début des années 1930, lorsque les robes de soirée découvrent presque entièrement le dos des élégantes, Dominion Corset répond aux nouvelles exigences de la mode en proposant à ses clientèles le célèbre corset sans dos «Nu back». La Deuxième Guerre mondiale favorise l’arrivée de nouveaux tissus synthétiques. L’utilisation de baleines métalliques devient désuète. La compagnie lance alors ses premiers modèles de gaines et de soutiens-gorge. Les modèles «Gothic», «Elfin», «3R», et «Lelong» profitent des innovations technologiques les plus modernes à l’époque et de l’arrivée des tissus élastiques.

Les années 1950 peuvent être considérées comme l’âge d’or de Dominion Corset. Une «ligne» ultra-féminine, la marque «Sarong», est conçue pour donner au buste une forme pointue, telle qu’on le voit chez les vedettes de l’écran.

En 1956, la «ligne» «Daisyfresh» est créée. Le succès de ce produit est tel que la compagnie doit prendre de l’expansion pour répondre à la demande.

Elle offre également des soutiens-gorge avec bretelles extensibles ainsi que des modèles qui attachent à l’avant.

L’arrivée du bas-culotte porte un dur coup à la production de Dominion Corset de 1960 à 1980. La popularité de ce sous-vêtement s’explique aussi par une certaine vision de la femme de cette époque. En effet, la mini-jupe interdit le port de gaines, de gaines-culottes et de ceintures-jarretières. Quant au soutien-gorge, il est littéralement mis de côté dans l’élan de la libération sexuelle des années 1970; pour Dominion Corset, qui avait choisi dix années plus tôt de concentrer ses efforts dans le domaine du soutien-gorge, c’est une dure réalité. Malgré ses constantes adaptations, la compagnie ne parvient pas à reprendre sa place sur le marché. Le corset était sans contredit la raison d’être de l’entreprise. Les innovations fréquentes et les succès remarquables n’ont pas empêché Dominion Corset d’avoir une vision plutôt conservatrice du sous-vêtement féminin. L’empreinte du corset et l’image de la femme qui le portait ne se seraient jamais complètement effacées de la tête des dirigeants jusqu’à Pierre Amyot. Peut-être faut-il y voir une des raisons de son déclin.

Sources

Dominique Sarny. «Apprivoiser la ville : le cas des ouvrières de Dominion Corset», Canadian Folklore Canadien, vol. 16, no 1, 1994, p. 73-84.

Jean Du Berger et Jacques Mathieu (sous la direction de). Les ouvrières de la Dominion Corset à Québec, 1886-1988, Québec, Les Presses de l’Université Laval (Laboratoire d’ethnologie urbaine), 1993.

Date de publication

01/10/2004

Auteur

Martine Roberge, Dicomode

© Musée McCord 2019