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Créations Jacqueline Familiant

Born in Nice, France, 1940

Créateur

1965 - 1972

Née et élevée dans le sud de la France, Jacqueline Familiant (née Voissy) quitte son pays pour Montréal à l’âge de 15 ans afin de travailler comme traductrice, un emploi qui l’amènera plus tard au Congo. C’est là qu’elle rencontre son mari, Allan, journaliste pour l’Organisation des Nations Unies. Le couple voyage beaucoup et s’installe pendant un certain temps à New York pour s’établir ensuite à Montréal en 1963.

Deux ans après son retour à Montréal, Jacqueline ouvre la Boutique Bonsecours sur la rue Saint-Paul dans le Vieux-Montréal, rejoignant ainsi un groupe d’entreprises qui donnent un nouveau souffle au quartier. Bien qu’elle ait toujours dessiné et confectionné ses propres vêtements, c’est la première fois qu’elle tente de les vendre. Dans son magasin aux murs de pierres décoré d’antiquités, elle offre également des importations de designers, des bijoux vintage et des souvenirs fabriqués au Québec, mais c’est la petite collection de Jacqueline qui remporte le plus de succès. Lorsque les Familiant se retrouvent en difficulté financière, la meilleure solution qui s’offre à eux est de se concentrer sur la fabrication des créations de Jacqueline. La première collection officielle portant son nom est lancée en mars 1966.

Le style Familiant s’affirme dès cette première collection : jeune, dynamique et tendance.

Destinés aux jeunes femmes dans la vingtaine qui fréquentent la boutique, les minirobes, manteaux, tailleurs et combinaisons-pantalons sont imprimés de motifs pop-art et géométriques et se déclinent dans des couleurs vives, notamment des pourpres et des verts. Si les journalistes de mode déclarent la minijupe démodée, Familiant se soucie davantage de plaire à ses jeunes clientes.

Elle offre toutefois à la boutique les services de couturières qui peuvent allonger l’ourlet pour celles qui le désirent.

Le succès de ses premières collections l’encourage à ouvrir un deuxième magasin. La Boutique Jeunesse ouvre ses portes sur la rue Sainte-Catherine en septembre 1966. À ce moment-là, l’entreprise emploie au moins une douzaine de couturières qui travaillent sur place et à distance. La deuxième boutique offre une gamme de robes plus abordables (25 $-40 $) signées par Jacqueline, qui vient s’ajouter à la ligne Bonsecours, plus avant-gardiste.

Familiant joue un rôle important dans les événements mode à Expo 67, participant à des défilés présentés au pavillon Polymer et au pavillon de la Jeunesse. Lors d’un événement sous le thème de la paix organisé à ce dernier dans le cadre de la Journée de la jeunesse, elle présente des minirobes et des robes de style « babydoll » agrémentées de boas de plumes qu’une critique qualifiera de « joyeuses, audacieuses et frivoles, et assurément pour les moins de 20 ans ». Heureusement pour Familiant, c’est précisément cette jeune clientèle qu’elle courtise. « Je ne crée que pour la jeunesse d’aujourd’hui », dit-elle. « Je trouve que les adolescents de nos jours sont davantage “dans le coup” que les détaillants et les acheteurs qui choisissent la marchandise […] pour ensuite la vendre au public. »

Toujours en 1967, lorsque la demande pour les créations de Familiant dépasse les capacités de ses méthodes de production couture, Jacqueline et Allan ouvrent une usine sous le nom de Créations Jacqueline Familiant, inc., et ferment leurs deux boutiques.

C’est dans cette usine de la rue Saint-Alexandre, où travaillent 20 employés sous la direction d’Allan, directeur d’affaires, qu’ils produisent une ligne de prêt-à-porter vendue en gros dans plus d’une centaine de magasins, dont Eaton, Ogilvy, Morgan, Holt Renfrew et La Baie. Le logo distinctif de la marque, qui rappelle une « tache d’encre », a été créé par le graphiste montréalais Vittorio.

Présentée en août 1968, la première collection de prêt-à-porter met en vedette des velours et des couleurs feutrées, accordant toujours une place de choix à la minijupe.

Par souci de transparence et conformément à la réalité du prêt-à-porter, les vêtements qui défilent sur la passerelle n’ont pas été retouchés selon les mensurations des jeunes filles, toutes des mannequins amateurs âgées de 15 à 23 ans. L’intention était de montrer aux acheteurs au détail et aux clientes une image « honnête » des vêtements, tels qu’ils allaient paraître sur de vraies personnes.

Cette importance accordée aux besoins et à la réalité quotidienne de sa clientèle est l’un des signes distinctifs du design de Familiant et de son sens des affaires, et c’est ce qui l’amène à ouvrir une nouvelle boutique, Trip In, en 1969. Comme elle l’a dit à l’époque, « comment pourrais-je entretenir un rapport personnel avec la jeunesse autrement – sûrement pas en m’enfermant dans l’atelier de conception de l’usine ». Son mari reconnaît que « les boutiques sont une source de problèmes […] nos acheteurs en gros nous reprochent de leur faire concurrence dans nos propres boutiques. Le seul avantage, c’est que le fait d’être entourée de jeunes stimule la créativité de Jacqueline ».

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les Créations Jacqueline Familiant ont la chance de profiter du soutien accordé à l’industrie canadienne de la mode visant à favoriser son entrée sur les marchés internationaux. C’est ainsi qu’en 1970, Familiant présente ses vêtements à des acheteurs à New York dans le cadre d’une initiative commanditée par le gouvernement canadien. Cela lui apportera plusieurs commandes de magasins de détail new-yorkais comme Bergdorf Goodman et Bloomingdale’s. Selon Allan Familiant, ils devaient leur succès à l’étranger à un esprit d’audace qui faisait défaut aux designers new-yorkais. « Montréal a une longueur d’avance sur New York lorsqu’il est question d’avant-garde », dit-il en 1967. « Nous avons parcouru les magasins, surtout sur Fifth Avenue […] et ils ne l’ont tout simplement pas. »

En 1969, Familiant ajoute une ligne masculine à son offre, et lance au tournant des années 1970 une gamme de tenues professionnelles et de vêtements sport destinés aux jeunes femmes. Ayant commencé à délaisser la silhouette de la minijupe, elle crée des combinaisons-pantalons ceinturées bas sur les hanches et des tuniques de coupes simples.

Elle demeure sensible aux goûts des jeunes, continuant à regarder droit devant, choisissant toujours ses tissus quelques saisons à l’avance afin de rester à la pointe des tendances à venir.

Les Familiants ont fermé leur entreprise en 1972.

Sources

“Perspectives Au Féminin, » Perspectives, 10 September 1966.

« The Familiants: Boutique Beginnings. » June 1998.

Jacqueline Familiant, interview by Cynthia Cooper, 30 August 2016.

« Marie Rollet… Dans Le Vieux Montreal, » La Presse, 18 October 1965.

« Sensationelle Collection Op-Art Dans Le Vieux-Montreal, » Le Devoir, 25 March 1966.

Therèse Vaillancourt. « Mode À Gogo Et Mini-Jupes Évoluent Fort À L’aise Dans Un Vieux Grenier Du Carré Viger. » La Presse, 15 September 1966.

« Deux Boutiques Jumelles Et Bien Dans Le Vent Bonsecours Et Jeunesse, » Le Devoir, 15 September 1966.

Nika Rylski. « The Big Piece Party: The Expo Love-In » The Ottawa Journal, 18 August 1967.

Joan Capreol. « From 3 Boutiques to Factory Spells Success. » The Globe and Mail, 8 August 1968.

« Les Couturiers Abandonnent La Boutique Pour Retourner À L’atelier, » Le Devoir, 7 August 1968.

Date de publication

01/02/2019

Auteur

Laura Snelgrove, Collaboratrice

© Musée McCord 2019